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À huit ans, rentrer bredouille n’est pas si grave que ça. De toute façon, l’idée d’amener quelques centaines d’élèves du primaire à la pêche au saumon sur la rivière Moisie n’est pas de remplir les glacières. Pour le conseil de bande de la communauté de Uashat mak Mani-utenam, l’objectif est avant tout de transmettre un pan important de sa culture à une nouvelle génération.
En tout, quelque 800 jeunes des quatre écoles de la communauté innue passeront une demi-journée, canne à pêche en main, sur la mythique rivière à saumon. La petite Eva Audette, deuxième année du primaire, a bien failli en attraper un lundi.
Je n’ai pas eu le temps de tirer! J’ai eu peur, j’ai fait un saut, raconte-t-elle, après qu’un poisson ait mordu à sa ligne.
Elle ne revient pas les mains vides. Elle rentre à la maison avec une conscience plus complète de la philosophie innue. Quand ils pêchent, ils partagent en deux. Ils ne gardent pas tout pour eux, ils partagent avec leurs amis, explique-t-elle.

La petite Eva Audette, huit ans, dit avoir senti un poisson mordre à sa ligne, mais n'a pas réussi à le ferrer à l'hameçon.
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
Le partage, c’est justement ce qui motive les organisateurs du secteur éducation du conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam.
Sur les berges de la rivière moisie, un panache blanc s'échappe de sous une bâche : deux outardes suspendues cuisent et des carcasses de saumon sont fumées. Bruce Michel, un membre de la communauté, est aux fourneaux.

Bruce Michel dit être motivé par l'émerveillement que ressentent les jeunes lorsqu'ils entrent en contact avec le territoire.
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie
Ce qui est bien, c'est de voir les enfants demander, leur expliquer des choses, puis voir l’émerveillement dans leurs yeux.
Celui-ci fait partie d’une dizaine d’adultes présents sur le petit campement d’où partent les jeunes vers la rivière. C'est aussi là qu'on cuit de la bannique, qu'on confectionne des mouches, et qu'on peint des pierres de rivières.
Dans notre équipe, il y a des agents culturels qui sont responsables de transmettre des histoires, des savoirs, explique la coordonnatrice des programmes langues et culture du conseil de bande, Ntshukus Vollant.

Les activités pour les jeunes ne se font pas seulement sur la rivière Moisie, mais à plusieurs endroits sur le territoire, rappelle Ntshukus Vollant, la coordonnatrice des programmes langues et culture du conseil de bande.
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie
Les enfants apprennent à naviguer, mais aussi à respecter les ressources qui sont à leur portée, précise-t-elle : Protéger, ne pas trop pêcher, l'équilibre.
Bien que d’attraper une prise n’est pas l’objectif principal de l’activité, ça n’empêche que l’année dernière, deux élèves ont attrapé des saumons. Ils étaient fiers, se souvient Ntshukus Vollant. Et puis, nous, on leur a donné leur prise pour qu'ils puissent les ramener à la maison, pour qu’ils les préparent et les découpent avec leurs grands-parents. Ça se poursuit, la transmission, même jusqu'à la maison.
Pour le moment, cette année, aucun saumon n’a été pêché, mais l'espoir demeure. L’activité d’initiation se poursuit encore quelques semaines.
Avec la collaboration de Lilou Ann Santos


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