Les États-Unis et le Canada possèdent suffisamment de gisements de terres rares pour s’affranchir des importations chinoises — mais exploiter ces ressources sera coûteux et nécessitera un soutien gouvernemental soutenu. C’est la conclusion d’une étude de l’Université du Michigan publiée dans Resources, Conservation & Recycling, alors que la demande mondiale de ces matériaux critiques doit augmenter de 65 % d’ici 2040.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi la Chine fournit actuellement 70 % de l’offre mondiale de terres rares — et comment elle a construit cette domination
- Quelles terres rares les États-Unis peuvent produire seuls, et pour lesquelles une coopération avec le Canada est indispensable
- Pourquoi presque tous les gisements nord-américains sont de moindre qualité que ceux de Chine — et si cela les rend inexploitables
Des matériaux critiques au cœur de la transition énergétique et de la défense
Les terres rares ne sont pas des métaux ordinaires. Le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium sont indispensables à la fabrication d’aimants extrêmement puissants — ceux qui équipent les moteurs de véhicules électriques, les éoliennes, l’électronique grand public et les systèmes d’armement modernes. Sans eux, ces technologies seraient nettement plus lourdes et moins efficaces, voire impossibles dans leur forme actuelle.
La demande mondiale ne fait qu’augmenter : de 91 kilotonnes en 2024, elle devrait atteindre 123 kilotonnes en 2030 et 150 kilotonnes en 2040, portée principalement par l’essor des véhicules électriques.
La domination chinoise : une stratégie de plusieurs décennies
Depuis les années 1980, la Chine a investi massivement dans d’immenses mines, des usines de transformation sophistiquées et des chaînes d’approvisionnement intégrées. Résultat : elle fournit aujourd’hui environ 70 % de l’offre mondiale. Importer de Chine est actuellement moins coûteux que d’extraire et de traiter les gisements nord-américains — même si ces gisements existent en quantité suffisante sur le territoire américain et canadien.
Des gisements nord-américains de qualité légèrement inférieure, mais exploitables
L’équipe de l’Université du Michigan a analysé les gisements nord-américains pour évaluer leur compétitivité potentielle. Le constat est nuancé : à l’exception de la mine de Mountain Pass en Californie — déjà en exploitation — tous les gisements identifiés sont de moindre qualité que ceux exploités en Chine et en Australie.
Mais « moindre qualité » ne signifie pas « inexploitable ». Selon Stephen Kesler, professeur émérite au département des sciences de la Terre et de l’environnement, la qualité de ces gisements est suffisamment proche des standards existants pour permettre, avec un léger soutien gouvernemental, d’alimenter une chaîne d’approvisionnement nationale — surtout si les prix des terres rares restent élevés. Les coûts supplémentaires d’extraction pourraient par ailleurs être compensés par des économies à d’autres étapes de la transformation et de la fabrication.
Terres rares légères vs terres rares lourdes : deux scénarios distincts
L’étude distingue deux catégories. Les terres rares légères — lanthane, cérium, néodyme, praséodyme — sont relativement abondantes et les États-Unis pourraient en assurer seuls l’approvisionnement. Les terres rares lourdes — dysprosium, terbium, utilisées dans les aimants haute température — sont beaucoup plus rares. Pour ces dernières, une coopération américano-canadienne serait indispensable, les gisements canadiens étant mieux dotés.
Un équilibre délicat entre sécurité et surproduction
Les chercheurs mettent en garde contre une réponse purement industrielle à la dépendance envers la Chine. Une surproduction entraînerait une chute des prix et la faillite des acteurs du secteur, comme cela s’est déjà produit dans le passé. Un contrôle gouvernemental ciblé — financement, incitations, coordination — est donc nécessaire pour développer une industrie stable sans déclencher une guerre des prix destructrice.


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