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Si le rejet des «blancs» est un phénomène «réel», il est «sans commune mesure» avec ce que vivent les «noirs», les «arabes» et les «métisses», révèle l’étude de l’Ifop. Par ailleurs, 55% des juifs victimes de racisme envisagent de quitter la France.
Intégrer les «blancs» dans son dernier état des lieux sur le racisme en France est loin d’être une décision anodine pour l’Ifop. En faisant le «pari de l’exhaustivité», l’institut de sondage «pose le principe que toute hostilité à caractère racial mérite d’être documentée», écrivent François Kraus et Léo Major, auteurs de l’étude rendue public jeudi 9 avril pour la Licra. Ils entendent ainsi apporter l’«antidote» à l’«instrumentalisation» de la notion de «racisme anti-blanc», qui est «suspecte dès qu’elle est prononcée».
Voici ce qui a été mesuré : 39% des personnes perçues comme «blanches» déclarent avoir été victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie. Près de quatre «blancs» sur dix, donc. «Rapporté à la population majoritaire du pays, ce taux représente un nombre absolu de victimes considérable. Nous ne sommes donc pas dans le fantasme victimaire», souligne l’étude.
Malgré tout, il est important de noter que leur expérience «reste sans commune mesure avec celle des minorités visibles et religieuses». Les taux d’exposition aux violences et discriminations sont bien supérieurs chez les personnes «noires» (80%), «arabes» (80%) et «métisses» (60%). L’Ifop insiste également sur le caractère «structurellement différent» de ce que vivent les minorités, le rejet des «blancs» n’ayant ni la même «systématicité institutionnelle (l’école, l’emploi, la police discriminent faiblement les “blancs”)», ni la même «épaisseur historique», ni le même «effet de cumul».
Le racisme «à bas bruit» envers les Est-Asiatiques
Le racisme envers les «blancs» est donc un phénomène «loin d’être marginal», mais qui ne doit pas occulter la «spécificité et la gravité» du racisme subi par les minorités. D’un point de vue politique, «ce double constat devrait être audible des deux côtés du spectre : par ceux qui nient le phénomène (de racisme anti-blanc, NDLR) au motif qu’on ne peut être raciste envers un groupe dominant, comme par ceux qui l’instrumentalisent pour relativiser le racisme subi par les minorités», avancent les auteurs.
L’écart entre les populations se creuse si l’on regarde seulement les agressions. Par exemple, la part de personnes «noires» ayant subi une agression raciste dans leur vie (49%) est deux fois et demie plus élevée que celles des personnes «blanches» (19%). Pour leur part, les Est-Asiatiques en France subissent un «racisme à bas bruit, souvent banalisé, mais profondément ancré dans les interactions ordinaires». 70% des Est-Asiatiques déclarent avoir été victimes d’agressions ou discriminations racistes au cours de leur vie.
Un constat surprenant de l’enquête est que les taux de comportements racistes et d’insultes subis par les personnes «noires» et «arabes» sont quasiment identiques. «Deux populations distinctes mais que le regard majoritaire traite de la même façon. Cette convergence valide ce que Colette Guillaumin théorisait sous le terme de “racisation” : le racisme ne réagit pas à une différence réelle mais à une visibilité. Les traits physiques sont convertis en signe d’altérité, indépendamment de tout contenu culturel», expliquent les auteurs.
Profond désarroi des juifs de France
La couleur de peau perçue n’est pas le seul facteur de discrimination. L’appartenance religieuse joue aussi un rôle majeur dans la surexposition aux violences : les juifs (80%) et les musulmans (79%) présentent les taux les plus élevés, devant les bouddhistes (64%) et les protestants (57%). Suivent les catholiques (43%).
Le cas des juifs est particulier. Non seulement le taux est parmi les plus élevés de toutes les catégories étudiées, mais phénomène est récent : un juif sur deux a fait l’objet d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années, un niveau qui atteste d’une pression «actuelle, inscrite dans les interactions ordinaires de la vie sociale française». Le désarroi est profond : à cause du racisme subi, 41% des victimes juives ressentent un fort sentiment de défiance à l’égard des institutions publiques, 15% ont eu des pensées suicidaires. Surtout, 55% assurent avoir déjà envisagé de quitter la France, quand la moyenne nationale est à 22%.
Le sondage de l’Ifop met également en lumière que plus d’un Français sur deux (52%) victimes de discriminations a adopté une stratégie d’évitement des situations à risques. Ainsi, 39% ont évité de fréquenter certaines rues ou certaines zones, 19% «d’afficher une apparence susceptible de révéler leurs origines» et 19% ont volontairement dissimulé leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux. Cette stratégie d’évitement a concerné 81% des Français juifs, 58% des musulmans et 54% des catholiques.
Ni «systémique», ni «résiduel»
Au total, 46% des sondés affirment avoir été déjà victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie, soit près d’un citoyen sur deux. «Si la France ne peut être qualifiée de société systémiquement raciste, force est néanmoins de constater que le racisme est loin d’être un phénomène marginal ou résiduel», affirme l’Ifop, qui souligne la taille «exceptionnelle» de son échantillon. L’étude a été réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14.025 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.
Quant à la nature de ces discriminations en raison de leurs origines, religion ou couleur de peau, 25% ont affirmé avoir fait l’objet de moqueries désobligeantes ou de propos vexants, 24% d’insultes ou d’injures, 14% de menaces et 9% d’actes de violences physiques. Selon un bilan communiqué en mars par le ministère de l'Intérieur, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré en 2025 plus de 9700 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, soit une augmentation de 5 % par rapport à 2024. Sur la décennie 2016-2025, ces faits sont en hausse de 7% en moyenne par an.


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