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40 ans de la mort de Coluche : «Le rire vache, populiste et dégoupillant trouverait-il sa place aujourd’hui ?»

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«Il est entré, un jour, par effraction dans les foyers français et il ne nous a plus quittés.»

«Il est entré, un jour, par effraction dans les foyers français et il ne nous a plus quittés.» PIERRE GUILLAUD / AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - Ce vendredi marque les 40 ans de la mort de l’humoriste. Son style provocateur et irrévérencieux manque cruellement à une époque dominée par le politiquement correct, estime l’écrivain Thomas Moralès.

Thomas Morales est écrivain. Dernier livre paru : Les tendresses de Zanzibar (Éditions du Rocher, mars 2026).


C’est arrivé, comme ça, en rentrant de l’école, à l’heure du goûter, chez ma grand-mère. Un bandeau écrit à la machine, défilant et très inhabituel, annonçait la mort de Coluche, ce fatal 19 juin 1986, sur une route des Alpes-Maritimes. D’abord l’incompréhension puis la sidération, j’ai appelé ma grand-mère en criant. «T’as vu ?» J’attendais une explication, un éclaircissement, quelque chose clochait dans ma routine de collégien. Elle a lu, relu et m’a confirmé la nouvelle. À cette époque-là, élève de sixième dans un établissement de campagne, j’avais déjà vu Banzaï de Zidi au cinéma de Bourges le jour de sa sortie nationale et les multiples rediffusions de L’aile ou la cuisse à la télé. Inspecteur la bavure était un classique du dimanche soir et les sketchs de l’homme à la salopette, vieux pourtant d’une bonne décennie, se répétaient à l’envi dans les cours de récréation.

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Sa langue, ses expressions, sa désinvolture carnassière, son sens de la provocation, nous connaissions mieux notre Coluche illustré que notre Gaffiot. Saint laïque et charitable, vulgaire sans être grossier ou grossier sans être vulgaire, il était une immense star dont l’onde se propageait bien au-delà de l’humour et du périphérique. Une sorte de Fernandel anar, de Fernand Raynaud biker, à l’aise chez Guy Lux, chez Drucker, chez Sabatier, à la radio, musicien habile, chanteur déconnant qui pouvait vous tirer des larmes, acteur de comédie nourri au drame banlieusard, candidat malheureux soutenu par l’inénarrable René Fallet, notre bibendum de Montrouge surmédiatisé, gonflé à bloc, était une synthèse de l’esprit français. À cheval entre le folklore post-soixante-huitard et le business du rire. Coluche a accompagné cette bascule, il a opéré la transition des cafés-théâtres pouilleux aux grosses productions, du beatnik aux crispations identitaires.

Il inventait et incarnait une forme de lucidité explosive, il balançait fort et semblait n’avoir peur de personne. Il dynamitait le ronron des spectacles huilés à l’ancienne.

Thomas Morales

Le rire méchant, vache, populiste et dégoupillant aurait-il sa place aujourd’hui dans les arènes modernes ? Les individus, les communautés, les groupes de pression supporteraient-ils ce dézingage en cascade ? Ce ball-trap dont personne ne sort vraiment victorieux n’est-il pas la preuve d’une société culturellement avancée ? Savait-on « mieux rire » avant ? Grandes questions…Coluche s’étudie désormais dans des colloques universitaires. Il est affaire de spécialistes, d’experts en sociologie et en linguistique. Quarante ans plus tard, ma grand-mère n’est plus là ; moi, je veux me souvenir d’un autre monde, englouti, où Coluche tenait la barre. Il inventait et incarnait une forme de lucidité explosive, il balançait fort et semblait n’avoir peur de personne. Il dynamitait le ronron des spectacles huilés à l’ancienne. Il n’était pas rassembleur. Il tapait dur sur tout le monde. Chacun en prenait pour son grade. Ce mec-là, en perfecto, italien de la peinture ceinture, aimait les loulous, les marlous, les grosses cylindrées, les échappées entre copains, les grandes tablées et les bagnoles américaines avec des intérieurs en tissu « léopard ». Ce mauvais goût me réjouit. Il conduisait une AMC Pacer et de Funès ne semblait pas le jalouser. Il était ce gosse terrible du Café de la Gare qui, pour une blague, pour capter la lumière, pour exister parmi cette troupe, pour être le numéro 1 était capable d’aller très loin.

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Il est entré, un jour, par effraction dans les foyers français et il ne nous a plus quittés. Coluche, comme tous les clowns tristes, était une montagne à deux versants, à la fois un matelas de tendresse et un mur de dureté. Changeant, à l’affût, malin et puis surtout doué, atrocement doué pour fustiger nos travers, bousculer notre confort. Pourquoi ai-je autant la nostalgie de lui ? Parce qu’il avait comme beau-frère le pilote René Metge aussi rapide sur l’autodrome de Monthléry que sur les pistes de sable du Dakar. Parce que tous les parisiens jettent encore un regard sur sa maison rue Gazan, en face du parc Montsouris, par réflexe mémoriel. Parce qu’il fabriquait lui-même des chaussures au grand dam de ses potes. Parce que la chanson du chevalier blanc (Gérard Lanvin) dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine est indétrônable. Parce qu’il était notre enfance et notre poil à gratter.

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