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L’année 2025 touche à sa fin et l’heure du bilan a sonné. Parmi les événements majeurs des 12 derniers mois figurent incontestablement le retour au pouvoir de Donald Trump et, avec lui, l’instauration d’un régime que l’on peine encore à définir. Le Devoir a interrogé des politologues pour tenter de lui trouver un nom.
Le 4 juillet 2026, les États-Unis célébreront le 250e anniversaire de leur indépendance. Dans les jardins de la Maison-Blanche, ce n’est pourtant pas le vent de la démocratie moderne imaginée par les Pères fondateurs qui soufflera sur les bougies, mais bien les bourrasques créées par un régime inauguré le 20 janvier dernier avec le retour au pouvoir de Donald J. Trump.
En moins de 12 mois, en effet, l’ancien homme d’affaires et de télévision a imposé sa propre conception de la fonction présidentielle, utilisant son rôle à des fins personnelles et posant une pléthore de gestes qui, aux yeux de nombreux observateurs, ébranlent les piliers de la démocratie américaine.
Ainsi, la Garde nationale a été envoyée dans de grandes villes dirigées par des démocrates, les universités ont été mises sous pression par des coupes budgétaires, l’indépendance de la Réserve fédérale, de la justice ou encore de l’administration publique a été mise à rude épreuve, l’appareil d’État a été mobilisé contre les adversaires du président… Sans parler de ses nombreuses allusions à l’idée de briguer un nouveau mandat en 2028, ce qui serait en contradiction directe avec la Constitution.
Si beaucoup de choses ont déjà été écrites sur l’homme fort de Washington, il convient à l’heure des bilans de l’année 2025 de poser la question : Donald Trump a-t-il mis en place un régime autoritaire ? Devient-il un président au pouvoir absolu ? Est-ce le début de la fin de la démocratie américaine ?
Frédéric Mérand, chercheur au CERIUM et directeur du Département de science politique de l’Université de Montréal, n’hésite pas à parler d’une « dérive autoritaire » dès lors qu’il se risque à qualifier la façon dont Trump exerce le pouvoir à Washington.
« Il y a une tendance très claire, qui fait que beaucoup de politologues parlent maintenant d’un système autoritaire compétitif, c’est-à-dire dans lequel la verticalité du pouvoir est celle d’un régime autoritaire », résume le chercheur.
Dérive autoritaire et pouvoir maximaliste
Selon M. Mérand, cette dérive autoritaire s’est opérée dans une ampleur et avec une rapidité plus grandes que prévu en raison notamment de la préparation de Donald Trump, à la différence de son premier mandat.
« Les observateurs américains ont été surpris de la vitesse avec laquelle Donald Trump a été capable de miner un peu tous les fondements de la démocratie libérale américaine, de la séparation des pouvoirs avec le Congrès à l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’état de droit, l’indépendance de l’administration, ou encore par la manipulation possible de résultats électoraux », souligne-t-il.
De son côté, le politologue Julien Tourreille, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand, est un peu embarrassé par le qualificatif « autoritaire ». Il préfère parler du « pouvoir maximaliste » du locataire de la Maison-Blanche.
« Donald Trump a une conception très maximaliste de ce que peut faire le pouvoir exécutif, quitte à complètement écarter le Congrès dans bien des domaines, et notamment sur la question tarifaire. »
Toutefois, ce phénomène ne serait pas nouveau dans l’histoire des États-Unis, selon M. Tourreille. Il serait même plus courant qu’on le croit.
« Je me suis penché dernièrement sur l’histoire du New Deal, et, durant les années 1930, les mêmes choses se disaient de [Franklin Delano] Roosevelt, qui était présenté comme un fasciste. On l’accusait de vouloir imposer de nouvelles politiques économiques et sociales qui étaient parfois contestées par les tribunaux, de menacer de changer la composition de la Cour suprême. On l’accusait d’une dérive autoritaire, voire fasciste… »
Le politologue ne remet cependant pas en cause les inquiétudes entourant les intentions de Donald Trump, qu’il suscite par exemple quand il déploie la Garde nationale ou prend pour cible ses adversaires politiques. Ou encore quand il pointe du doigt l’Europe, qu’il dit menacée par un effacement civilisationnel.
« Il y a clairement une idéologie d’extrême droite dans son entourage, très assumée et très influente. Mais sur la nature du régime, je ne peux pas encore me prononcer », souligne-t-il.
Tentation fasciste
Au-delà du régime en place à Washington, c’est aussi la personnalité de Donald Trump qui soulève des interrogations. Peut-on désormais le ranger aux côtés d’un Orbán, d’un Erdoğan, voire d’un Mussolini ?
Pour Frédéric Mérand, la dimension fascisante de Donald Trump ne fait aucun doute, même s’il préfère se garder de toute comparaison, car ce dernier représente selon lui quelque chose de nouveau, qui n’est pas juste une reproduction du passé.
« La dimension fascisante de Donald Trump est assez évidente à plusieurs égards : cette incarnation de l’homme fort qui représente une masse indéfinie, le fait de désigner des ennemis comme étant autant d’ennemis à abattre — ce qui n’est pas seulement un terme métaphorique — quand il parle de se débarrasser des immigrants illégaux ou de pendre les élus démocrates qui s’opposent à l’intervention de l’armée dans leur ville », explique le chercheur.
Deux des éléments qui rapprochent aussi Donald Trump d’un leader fasciste, ce sont l’autonomie qui est donnée à ICE (le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis) et le rôle de la Garde nationale.
« Ce qui fait penser au régime fasciste, c’est la confusion entre les forces de police et les forces militaires, le fait de ne plus savoir finalement qui est le représentant de l’ordre. Ça peut faire penser à des milices qu’on trouve dans les régimes fascistes ou en devenir », avance M. Mérand.
De son côté, Julien Tourreille rappelle que, pour bon nombre de ses électeurs, la manière dont Donald Trump exerce le pouvoir est une façon de sauver la démocratie face à des contre-pouvoirs paralysants et des règles qui s’empilent les unes sur les autres.
« Il donne l’impression de redonner du pouvoir aux politiques pour faire ce que les gens veulent. Malheureusement, tout ça risque de se retourner contre la population elle-même, car ce sont les Américains en premier lieu qui vont en payer le prix. »
Des élections de mi-mandat déterminantes
S’il est encore trop tôt pour savoir si la dérive en cours à Washington est là pour durer, les élections de mi-mandat de novembre 2026 pourraient apporter un élément de réponse. Effectivement, pour de nombreux observateurs, si les démocrates remportent la majorité à la Chambre des représentants, un véritable contrepoids sera exercé sur le gouvernement Trump, dont la tentation de s’ingérer dans le processus électoral est bien réelle. Il fait notamment pression pour que soient redessinées en sa faveur les circonscriptions de bon nombre d’États républicains. En revanche, si les républicains l’emportent, ce sera un nouveau blanc-seing donné à Donald Trump et une façon de légitimer son action.
Julien Tourreille pense toutefois que Donald Trump a tout à perdre lors de ce scrutin. D’après le politologue, la question économique est souvent l’enjeu déterminant du vote pour les électeurs américains. Aussi Donald Trump risque-t-il d’en payer le prix, et les républicains, en particulier à la Chambre, pourraient être tentés de prendre leurs distances du président.
« Si Donald Trump a cette force vive qui semble démontrer que le politique peut faire ce qu’il veut, à un moment donné, il va heurter le mur de la réalité, prévient-il. Même ses électeurs vont commencer à trouver que ce qu’il fait en matière économique est contre-productif, ou ne remplit pas les résultats qui étaient attendus, notamment dans la lutte contre la vie chère. »


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