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13 000 habitants, 25 candidats et zéro journal local pour l’élection municipale à Thompson

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La ville de 13 000 habitants n’a plus de journal local depuis la fermeture du Thompson Citizen, en 2024. Face à ce vide médiatique, les candidats à la mairie explorent d’autres voies pour faire campagne, mais l’absence d’une information indépendante, vérifiée et facilement accessible se fait sentir.

Il s'agit de la première élection municipale de cette ville du Nord manitobain sans son journal local, bien que la station de radio CHTM soit toujours en ondes et que des journalistes d’autres médias s'y rendent ponctuellement.

On faisait des entrevues avec tous les candidats et on avait une page Web qui résumait toute l'information, se remémore Ian Graham, ancien rédacteur du Thompson Citizen, aujourd’hui responsable des communications de la Ville de Thompson.

Un homme.

Ian Graham a couvert de nombreuses élections en tant que journaliste puis éditeur du Thompson Citizen.

Photo : Radio-Canada / Juliette Straet

À l’approche du scrutin du 28 octobre, les promesses et les idées des candidats demeurent parfois difficiles à trouver. La station locale CHTM offre une tribune à l'ensemble des candidats, principalement par le biais de messages publicitaires, selon sa gestionnaire, Sue O’Brien.

Engagée au sein de la station depuis 2000, Mme O’Brien déplore toujours la disparition du média papier de sa municipalité. Cela rejoignait un autre public, et c’est important de compter sur différents médias et différentes perspectives, explique-t-elle.

La ville de Thompson est loin d’être un cas isolé. Partout au Canada comme dans le reste du monde, les journaux locaux déclinent, laissant souvent derrière eux des déserts d'information.

Des villes comme Thompson, on est dans la taille de communauté où c’est très difficile de faire vivre un média, explique Colette Brin, professeur de journalisme à l’Université Laval et directrice du Centre d’études sur les médias.

Dans une campagne électorale, c'est important d'avoir une information qui est à jour et vérifiée, il manque ce travail d'enquête, de synthèse qui est indépendant. Et c'est le rôle des journalistes de faire ça.

Privés de cette tribune, les électeurs sont livrés à eux-mêmes pour s'informer. Les candidats doivent eux aussi adapter leur stratégie sur le terrain, même si certains y voient des avantages.

Les réseaux sociaux, nouvelles vedettes des campagnes des candidats

La campagne électorale des candidats à la mairie s’est ainsi principalement transportée sur les réseaux sociaux

À Thompson, tout le monde est sur Facebook, assure Duncan Wong, conseiller municipal sortant et candidat à la mairie. Cet entrepreneur en construction mise d'ailleurs sur ce canal en publiant de courtes vidéos sur sa page Facebook.

Un homme.

Duncan Wong promet une meilleure gestion des infrastructures s'il est élu maire de Thompson.

Photo : Radio-Canada / Eric Westhaver

Avec ou sans journal, Duncan Wong estime que les réseaux sociaux constituent désormais le premier canal d’information de la population.Les journaux sont un peu dépassés aujourd’hui , tranche-t-il.

La professeure Colette Brin reconnaît l’attrait de ces plateformes pour les candidats : C’est avantageux pour eux de ne pas avoir à répondre aux questions difficiles des journalistes et de mieux contrôler leur message. Elle rappelle toutefois que les médias sociaux ne garantissent en rien une portée uniforme auprès des électeurs.

Son adversaire Oswald Sawh mise lui aussi sur les réseaux sociaux, sans s'y limiter : radio locale, site Web, infolettre communautaire et présence sur le terrain font partie de sa stratégie. Les gens vont chercher à s'informer par différents moyens. Il faut donc utiliser autant de supports différents que possible, explique l’ancien conseiller.

Un homme.

Oswald Sawh plaide pour plus de transparence et de communication avec les résidents de Thompson.

Photo : Radio-Canada / Eric Westhaver

La disparition du Thompson Citizen complique la campagne électorale, en particulier pour les nouveaux venus peu connus du grand public, estime M. Sawh. Le candidat a d’ailleurs repris le nom de l'ancien hebdomadaire pour lancer une infolettre locale mensuelle.

Lors de mes premières campagnes, ils distribuaient encore le journal à chaque porte, alors tu pouvais mettre ta brochure dedans et être sûr que cela arrive chez les gens, se souvient la mairesse sortante, Colleen Smook.

La candidate privilégie pour sa part une approche plus traditionnelle et réserve les réseaux sociaux à sa vie personnelle. J’ai [installé des pancartes], et j’essaie d’aller à la rencontre des gens pour leur expliquer ce que j’ai [accompli] ces dernières années, explique celle qui gère un terrain de camping et n’a amorcé sa campagne que deux semaines avant le jour du scrutin.

Colleen Smook assise à son bureau devant un ordinateur portable.

La mairesse sortante Colleen Smook se présente pour un troisième mandat, afin de terminer des projets entamés. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Chelsea Kemp

Sue O’Brien rappelle d'ailleurs l’importance de faire campagne au-delà de son cercle de connaissances. Il faut avoir une plateforme et faire savoir aux gens ce que l'on propose, explique la directrice de la station de radio.

Les risques de désinformation

La professeure Colette Brin met en garde contre l’utilisation des réseaux sociaux pour faire campagne. Il n’y a pas de valeur associée à l'exactitude ou à la rigueur de l'information sur ces plateformes-là. Ce qui compte surtout, c'est l'émotion, explique-t-elle.

Des personnes peuvent publier des contenus moqueurs sur les candidats, et ce sont souvent ces publications qui deviennent les plus consultées, observe la professeure.

Une femme souriante.

Colette Brin rappelle qu'il n'y a aucune vérification des informations sur les réseaux sociaux. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté de Colette Brin / Éric Forcier

L’anonymat qui règne sur les réseaux sociaux incite d'ailleurs Colleen Smook à la méfiance, elle qui y a récemment essuyé de nombreuses critiques à la suite de son intervention au forum des candidats, le mardi 20 octobre.

L’ancien journaliste Ian Graham ne constate pas nécessairement de désinformation délibérée sur les plateformes de sa communauté, mais il doute lui aussi de la rigueur de ce qui s'y diffuse. Quelqu’un va dire quelque chose sur un candidat, ce sera répété, puis ça finira par circuler alors que rien n’a été vérifié, explique-t-il.

Oswald Sawh considère que le risque de désinformation existe partout, tant sur les réseaux sociaux que dans les médias traditionnels. Je dis toujours à mon fils que c’est sa responsabilité de vérifier les sources d’information, raconte-t-il.

Selon le candidat, la taille restreinte de la collectivité favorise néanmoins une certaine autorégulation : Si tu dis quelque chose de faux, je te garantis que quelqu’un va aller le vérifier et te corriger sur les réseaux sociaux, assure M. Sawh.

Le manque d’information, un risque pour le taux de participation au vote ?

Le taux de participation demeure généralement bas lors des scrutins municipaux à Thompson. En 2022, à peine 27 % des électeurs s'étaient prévalus de leur droit de vote, un résultat sous la moyenne provinciale de 33 %.

La professeure Colette Brin rappelle d'ailleurs qu’il peut y avoir un lien entre la rareté de la couverture journalistique locale, le désintérêt du public et la participation aux urnes. C’est un effet de cumul, une spirale négative, explique-t-elle.

La difficulté d’obtenir de l'information fiable sur la campagne risque ainsi d'éloigner encore davantage les citoyens de la vie démocratique, prévient Sue O’Brien.En particulier pour ceux qui ne sont pas actifs sur les réseaux sociaux, renchérit Ian Graham.

Si les promesses des candidats à la mairie divergent, tous s’entendent pour encourager la population à exercer son droit de vote.

Colette Brin conseille aux résidents de s’informer auprès de leurs proches et de leurs voisins. Des débats réunissant les candidats ont également eu lieu cette semaine, et les enregistrements vidéo peuvent être visionnés sur le site Web et la page Facebook de la municipalité.

Ian Graham recommande pour sa part d'effectuer des recherches en ligne, précisant que la liste des candidats est affichée sur le site de la Ville. Sue O’Brien, quant à elle, espère que ses concitoyens prendront le temps d’examiner les plateformes des candidats au lieu de voter uniquement pour des visages connus.

Le scrutin se tiendra le mercredi 28 octobre, de 8 h à 20 h, au centre communautaire régional de Thompson. Le vote par anticipation, qui a pris fin le 17 octobre, a déjà mobilisé 537 électeurs.

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